Par Dr. Jean-Paul Lainé, Président de la FMTS

Cette allocution a été prononcée à l’occasion d’une journée internationale de réflexion organisée par l’Université Autonome de Barcelone autour du thème :
« Stratégies pour atteindre l’excellence scientifique »

« De quelle excellence parlons nous ?

L’excellence peut-elle être intrinsèque, détachée de tout ?

Je voudrais tout d’abord donner des éléments de contexte :

  • Ici en Europe, comme partout dans le Monde, la Science et la Technologie influencent la vie quotidienne, tant professionnelle que privée, de chacun… pour le meilleur et pour le pire.
  • L’humanité fait face à des défis sans précédents : environnement, démographie, inégalités, guerres, racisme
  • En 2000, à Lisbonne les dirigeants européens ont fixé des objectifs de développement de la recherche, en % du PIB, en nombre de chercheurs, cependant la mise en œuvre n’a pas été à la hauteur.
  • D’autant moins à la hauteur que face à la crise de 2008 , les gouvernements ont diminué l’investissement dans les services publics avec recul des financements , des postes

Le mot excellence arrive dans le vocabulaire politique et de gestion de la recherche à ce moment là ! S’il s’agit de s’opposer à la médiocrité nous serons tous d’accord. Mais on peut légitimement se poser la question : ne doit –on pas parler de politique de l’excellence plutôt que d’excellence tout court. ?

Cette politique s’accompagne de la notion de priorités, du financement par projets aux dépends du financement récurrent, de la compétition et la concurrence entre universités, instituts, laboratoires et personnes et non plus la coopération-émulation. Deux autres caractéristiques sont à souligner qui modifient le « paysage » de la recherche : l’une est l’évaluation incessante, devenue plus quantitative, moins transparente et généralement trop trop proche du sujet évalué (trop local ou régional), l’autre est le développement des rémunérations exceptionnelles sous forme notamment de primes qui peuvent atteindre selon les pays jusqu’à plusieurs mois de salaires par an.

Après quelques années de cette politique en France, aux gouvernements bons élèves des injonctions européennes, le Comité d’éthique de C.N.R.S. –le COMETS- a fait ce bilan :

  • cette politique est dangereuse pour les Sciences humaines et sociales et pour toutes les sciences et thématiques hors mode, pour la recherche fondamentale en général, pour la créativité.
  • le danger est grand du développement du conformisme et de comportements inappropriés (tricheries, copiage …), du recul de l’éthique en général.

J’ajoute qu’un véritable gâchis s’est installé par le non respect des personnes, l’éviction d’une grande partie d’entre eux des entités disposant des moyens de la recherche, la course continuelle dans la vie professionnelle incompatible avec le temps long qui est celui de la recherche, le « burn out «  chez certains. Il faut souligner le cas des jeunes chercheurs, doctorants et post-docs qui participent pour une part important à l’effort de recherche et qui ne trouvent plus d’emplois stables : notre fédération en a fait l’un des thèmes principaux de ses interventions.

La véritable qualité dans la recherche, dans l’intérêt de tous (communauté scientifique, région, Etat, populations) ne peut venir que d’une avancée d’ensemble des savoirs, tant du point de vue qualitatif que quantitatif ; avancée résultant le plus souvent d’un travail d’équipe rassemblant enseignants, chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs aux compétences les plus élevées, aux statuts et conditions matérielles attractives. Tout ce qui divise, hiérarchise, n’intègre pas la diversité et la complémentarité des compétences est nuisible ; peut-on imaginer une unité de recherche de qualité sans un volet formation de qualité ? Enfin je terminerai par la démocratie et la collégialité, deux volets de la prise en compte des sensibilités des différentes catégories et des acteurs de l’équipe, qui au-delà du respect mutuel permettent de fait une meilleure efficacité. »

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