Allocution prononcée par Monsieur le Professeur Bonaventure MVE-ONDO lors du symposium: Science et développement durable pour l’Afrique et par l’Afrique.

Avant toute chose, je voudrais tout d’abord adresser mes sincères remerciements aux organisateurs de ce banquet de la communauté scientifique, à savoir le Président Jean-Paul Lainé, le Secrétaire Général du SAES, Monsieur Malick Fall, et le Secrétaire Général du SUDES, Monsieur Amadou Diaouné pour m’avoir invité à participer à vos rencontres. C’est un honneur infini pour moi de prendre la parole devant cette assemblée des travailleurs de la science sur un sujet d’une importance capitale pour l’avenir non seulement de l’Afrique mais aussi du monde.

Mes remerciements vont aussi à ma famille sénégalaise qu’est toute la communauté universitaire de ce pays qui a su me nourrir au quotidien pendant onze ans de sa passion pour la connaissance. Je vais vous confier un secret, celui qui l’a décidé d’accepter votre invitation. J’aime venir à Dakar et particulièrement ici à l’Université parce que l’Université y est considérée dans son sens le plus exigeant, c’est-à-dire qu’elle est le lieu primordial où il importe de poser des questions judicieuses, d’avancer les hypothèses les plus audacieuses, d’ouvrir des pistes inédites de réflexion, de trouver des solutions pertinentes et fonctionnelles et cela, avec liberté, sérieux et en ayant à l’esprit la recherche de l’excellence. L’Université n’a de sens que si elle s’engage dans un travail intellectuel vraiment utile. C’est pourquoi elle est irremplaçable.
Mesdames et Messieurs,

Le sujet qui m’a été proposer de traiter devant vous est très complexe et renvoie au fond à deux questions majeures. La première : quel est l’état de la science en Afrique ? La seconde : comment, en quel sens et avec quels moyens nouveaux peut-on aujourd’hui essayer de réduire la fracture scientifique pour rendre la science en Afrique plus utile, plus engagée et plus critique pour notre développement et celui du monde ?

Avant de répondre à ces questions, je voudrais tout d’abord vous présenter à l’avance toutes mes excuses. Car pour les besoins de ma démonstration et en raison de la brièveté de l’exercice, je vais être obligé d’employer un style lapidaire et sans nuances. Il s’agit pour moi de partager avec vous mes convictions.

Pour répondre à la première question, sur l’état de la science en Afrique, commençons donc par planter le décor. La question de l’état de la science moderne en Afrique ne prend son sens et même son relief que si on la replace dans le sens de l’histoire, à savoir dans le contexte idéologique et politique qui l’a vu naître. A savoir l’ordre colonial.

Ainsi que vous le savez, l’apparition de la science moderne en Afrique est la conséquence de la « mission civilisatrice ». Celle-ci venait légitimer et conforter l’entreprise impériale et colonisatrice. C’est pourquoi, dès le départ, la science est considérée uniquement comme « la chose du Blanc », c’est-à-dire quelque chose d’extérieur et pour laquelle l’Afrique n’était qu’un objet d’études. Et même quand cette science coloniale participait à l’élaboration de nouvelles disciplines scientifiques comme l’ethnologie, la linguistique, l’anthropologie, il ne s’agissait pas de développer une nouvelle axiomatique ou même une nouvelle épistémologie du savoir qui pouvait prendre en compte le génie africain. Il s’agissait plutôt d’accompagner l’occidentalisation du monde.

Ainsi, dès le départ, dans sa nature comme dans sa visée, cette science, même quand elle sera considérée comme un butin de guerre par nos pays alors nouvellement indépendants, est extéro-centrée dans sa posture, dans ses pratiques, dans ses thématiques ou objets de recherche, comme dans la mobilisation de ses moyens et la valorisation de ses résultats.

La situation est même pire dans les sciences humaines et sociales car l’impression qui demeure est qu’elles sont aveugles sur les réalités de nos sociétés et sur leur devenir. Plusieurs preuves à cet état de choses : on fait face à des travaux de type monographique, marqués eux-mêmes par des nationalismes universitaires et scientifiques. La conséquence de cette situation est l’incapacité des universitaires africains à proposer, dans leurs disciplines, des synthèses élaborées depuis le continent. Autre trait marquant de cette situation : une science de type périphérique, c’est-à-dire sans politique claire et sans stratégie. On essaie de former des scientifiques, des chercheurs, mais on ne sait ni pourquoi, pour quel but et même pour quels défis.

C’est pour cette raison que le peu de moyens orientés vers ce secteur n’a pas toujours permis d’atteindre des résultats significatifs et visibles.

La science à l’œuvre en Afrique est d’abord une science de niveau subalterne dont le rôle est de récolter les matériaux premiers qui seront ensuite traités et transformés ailleurs, mais aussi une science consommatrice des concepts, des paradigmes, des thématiques et des produits élaborés ailleurs sans être à même d’interroger les certitudes supposées ou implicites et sans être à même de prendre en compte le réel vraiment présent en Afrique.

L’une de ces certitudes supposées, qui n’a pas toujours été critiquée dans notre continent, c’est le concept de société du savoir. Ainsi que vous savez, cette dernière société, non seulement n’appartient réellement pas à notre continent, mais en réalité elle créé de nouvelles formes d’inégalité et d’exclusion. Pire, ce concept a installé un nouvel ordre mondial inégalitaire dans la production et dans le partage des résultats de la science et que j’avais appelé ailleurs la « fracture scientifique ».

Ce nouvel ordre mondial va à l’encontre du contrat social, fondé sur la redistribution et la solidarité, que l’Europe, les Etats-Unis d’Amérique et le reste du monde s’étaient engagés, au lendemain de la Seconde guerre mondiale, à mettre en place et à soutenir, notamment avec la création de l’Organisation des Nations Unies pour l’Education, la Science et la Culture (UNESCO). On comprend alors pourquoi le paradigme du développement, qui était basé sur l’accès au savoir et donc sur l’affirmation que la croissance économique et le progrès technique sont les moteurs du développement, n’a pas permis de faire reculer définitivement cette prétendue inégalité.

Aujourd’hui et plus que jamais l’inégalité est de retour. Pour la justifier, certains évoquent la complexité du monde et présentent cette nouvelle forme d’exclusion comme un simple inconvénient de l’évolution en profondeur du monde et donc comme une « bavure »1. D’autres la considèrent plutôt comme une forme d’injustice nécessaire2. En réalité, les uns et les autres « tournent autour du pot » en se gardant de soulever le couvercle, ils fixent leur intelligence sur l’accessoire et font silence sur l’essentiel. Pour eux, le monde va bien, la fracture scientifique3 n’est qu’une sorte de dommage collatéral du modèle de développement dominant dont nous savons tous pourtant ici qu’il est essentiellement anthropique et écocidaire. Nous faisons face à un modèle de développement qui est au service d’une économie qui, pour reprendre le titre du livre de Dejours4, repose sur la « banalisation » mondiale de l’injustice.

Autre conséquence de cette extraversion de la science en Afrique : le silence assourdissant de notre continent dans les réponses que la communauté mondiale entend apporter sur les grandes questions de notre époque, qu’il s’agisse du sida, des fièvres hémorragiques, du paludisme, du réchauffement climatique, mais aussi de la grande transformation démographique que traverse depuis des décennies notre continent, ou même du financement de son économie !

Tout se passe comme si nous avons décidé de baisser les bras, comme si nous avons accepté de subir et de ne plus penser par nous-mêmes. Nous sommes devenus les consommateurs de la science des autres. Nous sommes devenus les consommateurs de leurs prèt-à-penser et de leur prèt-à-vivre. Or le mal absolu pour tout être humain comme pour toute société, c’est de ne plus penser, c’est de ne pas déterminer ses propres priorités, c’est de ne pas prendre en compte ses problèmes réels.

La plus grande preuve de cet abandon et de ce refus de penser, on la trouve dans le cadre même de la créativité scientifique qu’est la production des brevets. D’après le rapport du Forum économique mondial de 20145, la production des brevets en Afrique est de 2,6% de la production mondiale et où le peloton de tête est constitué de l’Europe (35%), l’Amérique du Nord (32%) et la Chine (20%). Mais le chiffre de la production africaine est trompeur. Si on enlève celles des quatre pays que sont l’Afrique du Sud, l’Egypte, la Tunisie et le Maroc, celle de tout le reste de l’Afrique tombe à 0,3%, c’est-à-dire rien. Cela met en lumière de la manière la plus éclatante l’absence de l’Afrique dans la création des connaissances. Et cela même dans des secteurs qui sont importants pour son développement comme celui des énergies et de la biodiversité par exemple !

Car à quoi cela sert-il que nous ayons des universités et des centres de recherche si ces institutions n’impactent pas sur notre développement6 ? Comment en effet développer le continent quand nous demeurons des consommateurs passifs et même pas des « copieurs » ? Comment changer l’ordre des choses quand la science que nous enseignons dans nos universités ne fait aucun lien avec nos économies, avec notre agriculture et avec notre écosystème ? Comment se développer avec une industrie elle-même extéro-centrée qui n’est que la perpétuation d’une économie coloniale de comptoirs ?

Toutes ces questions, Mesdames et Messieurs, nous devons les poser non seulement à nos responsables politiques, mais aussi et peut-être d’abord à nous-mêmes. Il s’agit de questions certes dures, mais légitimes. Et nous devons essayer d’y trouver des réponses au moment même où l’Afrique semble intéresser le monde. Je veux parler du récent Sommet de l’Union Afrique et de l’Union Européenne d’Abidjan., de la dernière rencontre Chine-Afrique. Mais je veux parler aussi de ce qui s’annonce demain et qui est le pacte sur l’éducation et la jeunesse. Comment sortir de la fracture scientifique ? Que pouvons-nous faire vraiment ?

Je voudrais vous proposer ici et maintenant trois pistes de réflexion et trois types d’actions qui s’adressent tout autant à nos Etats, mais aussi aux acteurs nationaux et internationaux que sont les syndicats et une fédération telle que la vôtre et bien sûr à chacun de nous, autorité universitaire, enseignant et chercheur.

La première, c’est de recentrer la science en Afrique. Il faut que notre continent soit plus que jamais l’objet et le sujet de la science. Il faut qu’il produise de la science. Une science certes fondamentale, mais aussi orientée pour relever les défis de l’Afrique, une science utile pour reconstruire nos économies et nos sociétés. Une science créatrice, une science qui dépose des brevets et qui prenne aussi en compte l’ensemble des problèmes du monde. Cela passe par l’amélioration de la qualité de nos institutions de recherche, de la qualité de nos systèmes éducatifs et l’incitation à la collaboration en matière de recherche entre le monde industriel national et international et le monde universitaire. Nous devons engager des pactes de performance dans nos universités, des contrats gagnant-gagnant entre les universités, l’Etat et les partenaires privés. Mais au vu des financements actuels de l’enseignement supérieur dans nos pays, cela ne peut se faire sans une nouvelle initiative en matière de financement de ce secteur.

Et c’est là l’objet de la seconde piste qui est complémentaire de la première. La mise en place d’un mécanisme innovant de financement de nos systèmes éducatifs et de la recherche, qui viendrait s’ajouter aux efforts existants, est aujourd’hui devenue incontournable. Depuis de nombreuses années, nos Etats ont mis en place des politiques qui visent à accroitre leurs ressources (publiques et privées) pour accompagner l’enseignement supérieur et la recherche. Et celles-ci sont énormes quand on regarde l’ensemble de leur budget, mais insuffisantes si l’on veut vraiment impulser le développement. Aussi courageuses soient-elles, comme le sait si bien Monsieur le Ministre de l’enseignement supérieur, Son Excellence Mary Teuw Niane, ces ressources ne sont pas à la mesure de nos défis qui sont nombreux et importants. Il nous faut donc imaginer autre chose. Il nous faut imaginer une sorte de financement complémentaire et à la dimension du continent. Il nous faut imaginer comme une taxe spéciale, à l’instar de la taxe Tobin, une taxe qui pourrait reposer sur l’importation dans le transport maritime de tous les produits qui participent à la déstructuration de la production locale et à la non-création d’emplois pour la jeunesse (par exemples : les produits d’occasion importés, les produits alimentaires d’importation, etc.). On le sait, ces biens d’importation participent en réalité au renforcement des inégalités des forces productives africaines par rapport à celles des autres continents. Pourquoi ne pas se servir de ces produits d’occasion d’importation comme d’un levier ?

Vous le comprenez, l’objectif d’une telle taxe est de procurer à nos Etats, à nos gouvernements, à la société civile, à l’enseignement supérieur et à l’économie de nouveaux moyens, en sus des financements habituels, pour améliorer de manière substantielle et de façon durable, la formation en investissant de manière lourde sur les infrastructures et sur la qualité en termes de professionnalisation, d’employabilité et d’innovation.

Cette taxe, dont le Sénégal pourrait valablement prendre le leadership et assurer le plaidoyer au sein de toutes instances internationales africaines, européennes et mondiales, devrait aussi permettre d’encourager l’entreprenariat de nos jeunes universitaires et scientifiques et de consolider la croissance des secteurs productifs. Elle n’a donc pas pour but, comme certains pourraient le faire croire, de limiter l’ouverture de l’Afrique au commerce mondial, mais plutôt d’assurer durablement sa sécurité économique et sociale et de renforcer sa croissance.

L’idée de cette taxe, chers amis, m’est venue en lisant deux documents économiques majeurs : d’une part, le Rapport 2012 du FMI sur les perspectives économiques de l’Afrique subsaharienne et qui recommandait de « préserver la croissance » et le rapport intitulé « Perspectives économiques en Afrique 2014 » de la BAD, de l’OCDE et du PNUD.

Cependant, la recherche des moyens ne doit pas nous rendre aveugles sur l’essentiel. Pour que la fracture scientifique soit réduite le plus possible, il est important que l’enseignement supérieur sorte de son ghetto et accroisse sa visibilité et son efficacité. C’est l’objet de notre troisième piste.

Ainsi que vous le savez, l’enseignement universitaire véritable ne se contente pas seulement de contribuer à la formation de la personnalité dans ses multiples dimensions cognitive, affective, morale et sociale, il doit surtout et encore plus que jamais mettre les étudiants et nos jeunes chercheurs en condition de produire de nouveaux savoirs, de contribuer à l’avancement de leurs disciplines et de les rendre capables de réagir aux transformations incessantes que connaît l’articulation des savoirs dans nos sociétés. Or dans l’ensemble de nos universités, nous disposons d’un corps enseignant jeune et sous-qualifié composé essentiellement de jeunes docteurs et avec très peu d’enseignants de rang magistral. Et tout cela en volume insuffisant. Comment par exemple une fédération et des syndicats tels que les vôtres peuvent-ils aujourd’hui aider à impulser de nouvelles dynamiques ?

Une fédération telle que la vôtre n’est pas une structure anodine ou un simple cadre de revendication. Elle est pour moi d’abord un cadre d’orientation et d’influence des politiques de la science. D’une certaine manière, elle est un espace scientifique mondial qui permet de créer des relations et des actions durables dont profitent les acteurs et les bénéficiaires mêmes de la science. Il s’agit d’un espace de solidarité scientifique qui doit aider les universités et les centres de recherche à engager des débats pluriels sur le continent et sur le monde et à sortir des certitudes. Vos structures pourraient s’engager, avec nos Etats et gouvernements, sur une politique d’intelligence stratégique et pas seulement sur une politique sociale des moyens car, plus que jamais, les sciences doivent plus que jamais jouer leur rôle d’observatoire, de vigie et d’acteurs du développement et de la transformation de nos sociétés.

Mais pour atteindre ces objectifs, votre Fédération et vos syndicats doivent sortir des sentiers battus avec des actions nouvelles et plus visibles pour notre continent. J’en vois pour ma part ici aussi 3 types d’actions, toutes aussi urgentes les unes que les autres.

Le premier type de ces actions devrait reposer sur la transversalité et l’interdisciplinarité. Il s’agirait d’actions interdisciplinaires et internationales comme pourrait l’être par exemple la semaine internationale de la science à travers des interventions des enseignants, des échanges entre étudiants tout cela par le biais d’internet avec des déclinaisons dans les principaux espaces linguistiques et sur des thématiques intéressantes pour tous. Ces actions pourraient être organisées avec d’autres acteurs comme l’AUF et l’UNESCO par exemple, mais aussi avec les universités. Votre fédération et vos syndicats pourraient ainsi jouer le rôle de plateformes d’échanges et de vitrine annuelle de la vie des sciences dans le monde. Il s’agit de susciter les vocations dans un secteur que trop de jeunes ont tendance à fuir parce qu’il ne paie pas bien.

Comme second type d’actions, la Fédération et les syndicats pourraient générer et aider à appuyer des actions de recherche concertée entre plusieurs équipes doctorales qui réunissent jusqu’à 5 universités dont au moins 2 du Sud pour notamment travailler sur des thématiques aujourd’hui transversales comme les migrations, la question des identités et du vivre-ensemble dans des espaces pluriculturels, etc. Il s’agira dans tous les cas de se mobiliser pour faciliter la mobilité des étudiants, des enseignants et des chercheurs, à travers des bourses et des allocations d’études et des missions d’enseignement et de recherche, mais aussi à travers des appuis et des conseils spécifiques pour des inscriptions en thèse pour des étudiants dont nous connaissons tous l’envie et la volonté.

Le dernier type d’actions pourrait être d’assurer une grande visibilité des meilleurs travaux de nos doctorants et de nos jeunes chercheurs en les mettant en ligne. Cette sélection pourrait s’accompagner d’un prix, le Prix du jeune Travailleur scientifique. Il s’agirait d’un prix symbolique mais combien important qui assurerait la visibilité de ses bénéficiaires.

Votre fédération doit plus que jamais être un réseau de syndicats qui non seulement se mobilise pour l’amélioration des conditions de vie et de travail de ses membres, mais encore comme un réseau d’acteurs au service du développement de la science et donc de l’avenir du continent et du monde. Fonctionner en réseau, c’est donc non seulement permettre que les chercheurs échangent leurs savoirs et leurs compétences, mais encore améliorent leurs capacités de formation et leurs capacités de production et de diffusion du savoir.

Mesdames et Messieurs,

D’une certaine manière, notre mission à tous, qu’il s’agisse des Etats, des syndicats et d’une fédération telle que la vôtre, c’est un peu la même que celle de Prométhée dont la légende reste constitutive de l’esprit des Lumières qui est fondatrice de la science moderne. Et cette mission, c’est aussi notre devoir. Il est fondé pour moi sur une conviction forte : la vie n’est pas donnée, elle est à conquérir, à produire et à reproduire dans le travail scientifique que nous avons à faire et cette conquête, comme le disait Aimé Césaire, n’est « jamais finie », mais simplement toujours « en voie d’éclairement »7.

Prométhée, en apportant à l’homme le feu de la connaissance, nous invite à assumer notre responsabilité de travailleur scientifique sur l’avenir du monde. Car, et je vais terminer par-là, comme le dit si bien mon ami Felwine Sarr, il est une question devant laquelle nous ne pouvons plus aujourd’hui nous dérober et qui nous concerne tous, aussi bien les enseignants chercheurs que les institutions et les acteurs politiques. Il s’agit de la question suivante : « mon geste reproduit-il les conditions de l’iniquité, de la domination et de l’injustice ou rend-il ce monde plus fécond, plus ouvert et plus vivifiant ? »

1 – Après « s’être émancipé des Etats et des sociétés », tout se passe comme si le capital s’est soustrait au pouvoir des hommes. Cf. A. Gorz, Misère du présent. Richesse du possible, Galilée, 1997.
2 – C. Dejours, Souffrances en France. La banalisation de l’injustice sociale, Deuil, 1998.
3 – – Je me permets de renvoyer à mon petit livre publié en 2005 aux éditions futuribles à Paris : Afrique : la fracture scientifique.
4 Au fond, il y a comme une sorte d’ironie de l’histoire qui fait qu’alors qu’on pouvait considérer avec la chute du communisme soviétique que l’humanisme occidental avait gagné, c’est plutôt le matérialisme qui est sorti victorieux de l’affrontement.
5 – WEF Report (2014) : « The Global competitiveness Report 2013-2014 », World Economic Forum.
6 – On sait depuis longtemps que c’est la combinaison des déterminants des infrastructures d’innovation qui permet d’avoir une idée sur l’état de développement d’un pays, c’est-à-dire sa compétitivité. Ces déterminants sont connus. Ils portent sur la qualité des institutions de recherche, la collaboration Université-industrie dans la R-D, la qualité de l’éducation en maths, en sciences, en management, la disponibilité des scientifiques et des ingénieurs, la capacité des pays à retenir les talents, le taux d’inscription à l’enseignement supérieur, les demandes de brevets déposés par million d’habitants et enfin la qualité du système d’éducation.
7 – Réponse à la question : qu’est-ce que les Lumières ? (1784), Œuvres philosophiques, t. II, Gallimard, 1985, p. 215.

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